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Je ne fais ce Blog que pour vous faire decouvrir les tresors du Judaisme
Aussi malgre le soin que j'apporte pour mettre le nom de l'auteur et la reference des illustrations sur tous ces textes , il se pourrait que ce soit insuffisant
Je prie donc les auteurs de me le faire savoir et le cas echeant j'enleverais immediatement tous leurs textes
Mon but etant de les faire connaitre uniquement pour la gloire de leurs Auteurs

Rabbi ’Akiba et les dix martyrs de la foi.

                          

דמותו של רבי חנינא בן תרדיון מוצא להורג - על פי האמן בֶּנוֹ אֶלְקָן ביצירתו - מנורת הכנסת   Rabbi  Hanina ben Teradion




                             Rabbi ’Akiba et les dix martyrs de la foi.

                             Contexte historique :

Les dix martyrs de la foi correspondent, dans la tradition juive, perpétuant leur souvenir dans la liturgie synagogale, à dix sages juifs éminents du deuxième siècle, dont Rabbi ’Akiba (env.45-135), qui furent suppliciés par Rome, sous le règne de l’empereur Hadrien (117-136).

Ce récit provient de la littérature midrashique , et en particulier du midrash médiéval Elleh Ezkerah. Selon celui-ci, l’empereur romain demanda à ces sages la peine prescrite par la législation juive, pour l’auteur du rapt et de la vente d’un autre juif. Les rabbins lui répondirent que la Bible le sanctionnait par la peine capitale. L’empereur évoqua alors le cas de Joseph qui fut enlevé et vendu comme esclave par ses frères, sans que ces derniers ne fussent exécutés. Les dix sages d’Israël furent condamnés à mourir à leur place.
La kabbale va jusqu’à affirmer que les âmes des dix frères de Joseph qui prirent part à cette vente, se réincarnèrent dans les corps des dix rabbins au moment de leur torture, afin de réparer leur faute par la souffrance subie. La liturgie a repris ce récit de l’argutie de l’empereur et du martyr subi par dix rabbins cités nommément, à travers une des élégies les plus poignantes de Tich’ah beav sur les ‘assarah harougé mal’hout (dix martyrs de la foi, en hébreu).

Sont cités, notamment, les rabbins ‘Akiba, ‘Hanania ben Teradyon, le grand prêtre Ichmaël et le président de l’Assemblée, rabbi Chim’on ben Gamliel.
Un certain nombre d’inexactitudes dans le récit que fait le midrash des dix martyrs a conduit les spécialistes à ne pas y voir un récit fondé historiquement, mais plutôt le reflet de la situation tragique des juifs de Palestine sous l’oppression romaine, radicalisée après la révolte avortée de Bar Kokhba (132-135 après J.C). Ainsi, les dix sages énumérés ne vivaient pas tous à la même époque, et des midrashim se contredisent quant à l’identité des martyrs.
Toutefois, la vérité historique ne saurait entraver la réflexion. Dans Difficile liberté, Emmanuel Levinas écrit : « Ce n’est pas le passé d’Israël qui forme l’enseignement de la Bible, mais le jugement porté sur cette histoire. Faux ou vrai ? Cela ne dépend pas des documents profanes qui confirment ou infirment la matérialité des faits relatés, mais de la vérité humaine de cet enseignement. »
Quelle « vérité humaine » émerge du thème des dix martyrs de la foi, à partir du supplice du plus charismatique de ces sages, à savoir, ‘Akiba ben Yossef ?

Nous tenterons de répondre à cette question, après avoir présenté le texte talmudique qui évoque les derniers moments de rabbi ‘Akiba. Précisons que ce texte commence par l’interprétation donnée par rabbi ‘Akiba à l’injonction biblique « tu aimeras l’Eternel ton Dieu…de toute ton âme » (Deutéronome 6, 5) :
« Rabbi ‘Akiba dit : « de toute ton âme » (signifie que tu aimeras ton Dieu) même s’Il te prend ton âme (c'est-à-dire, ta vie). Le judaïsme ne jugeant crédibles que les discours qui passent l’épreuve des actes, le martyr de rabbi ‘Akiba va témoigner de la sincérité de ce dernier.

Talmud de Babylonie, Traité Bérakhot, page 62b :

« Une baraïta enseigne : il arriva que le royaume (il s’agit de Rome qui régnait sur la Palestine) promulgua un décret interdisant aux Judéens (Israël, dans le texte) d’étudier la Torah. Que fit rabbi ‘Akiba ? Il alla réunir des assemblées de manière publique, s’installa et prêcha (enseigna la Torah). Papus fils de Yehuda le trouva. Il lui dit : « ‘Akiba ! Ne crains-tu pas cette nation (Rome) ? »Il (‘Akiba) lui répondit : « Laisse moi te donner une parabole. A quoi la chose ressemble ? (C’est-à-dire, voila à quoi l’on peut comparer ce que tu me demandes de faire, à savoir, de cesser d’enseigner la Torah) A un renard qui marchait sur le bord d’une rivière et qui vit des poissons fuyant dans toutes les directions. Il s’adressa à eux : « pourquoi vous enfuyez vous ? » Ils lui répondirent : « à cause des filets et de leurs rets qui s’abattent sur nous. » Il leur dit alors : « voudriez vous me rejoindre sur la terre ferme, afin que nous vivions ensemble comme l’ont fait mes ancêtres et les vôtres ». Ils lui dirent : « C’est de toi que l’on dit que tu es le plus intelligent des animaux ? Tu n’es pas intelligent mais stupide. Si nous avons peur là où nous vivons (dans le fleuve), à fortiori craindrons nous pour nos vies au lieu de notre mort (la terre ferme) ! » Il en est de même pour nous ( le peuple juif). Si déjà, alors que nous étudions la Torah, dans laquelle il est écrit « car elle est ta vie et ta longévité » (Deutéronome 30, 20) nous avons peur( des persécutions romaines), à fortiori si nous nous coupons des paroles de Torah. »

Peu de temps passa (après cet épisode) avant qu’ils (les Romains) n’arrêtent rabbi ‘Akiba et l’emprisonnent, ainsi que Papus fils de Yehuda, qu’ils enfermèrent dans la même cellule. Papus lui dit : « Qu’est ce qui t’a amené ici ? Tu peux être heureux rabbi ‘Akiba, d’avoir été appréhendé pour l’enseignement de la Torah ! Malheur à moi qui me suis fait arrêté pour des choses futiles ! Lorsqu’ils firent sortir rabbi ‘Akiba pour l’exécution, c’était le moment de réciter le Chema. Tandis qu’on lacérait sa chair avec des peignes en fer, il s’appliquait à accepter le joug du royaume céleste avec amour. Ses disciples l’interpellèrent : «  jusque là ? » (Tu parviens encore à te concentrer malgré les souffrances endurées ou il faut accepter la sentence divine avec amour, malgré sa dureté). Il leur répondit : « toute ma vie je souffrais à cause de ce verset : « (tu aimeras l’Eternel ton Dieu…) de toute ton âme »-même s’Il te prend ton âme. Je disais : « quand cette possibilité se présentera-t-elle à moi afin que je l’accomplisse ? A présent qu’elle est à ma portée, ne vais-je pas l’accomplir ? » Il prolongeait (le mot) e’had (Un) lorsque son âme le quitta. Une voix divine se fit entendre, disant : « heureux sois tu rabbi ‘Akiba, car ton âme est sortie au moment où tu proclamais l’Unité divine ». Les anges s’écrièrent devant le Saint Béni Soit-Il : « voici la Torah et voilà sa récompense ? »Ils dirent : « Des hommes (sauve-moi) par Ta main Eternel, des hommes de la terre » (Psaume 17 du Livre des psaumes). Il leur répondit (avec la suite du verset des psaumes invoqué) : « qui jouissent de leur part dans cette vie ». Une voix divine dit alors : « heureux sois-tu rabbi ‘Akiba, car tu es destiné à la vie du monde à venir ».
Dans une autre Aggadah talmudique (Traité Ménah’ot, page 29b), où Dieu, dans une vision prophétique, montre à Moïse, l’enseignement de rabbi ‘Akiba, la fin tragique de ce dernier lui est également montrée, mais la réponse de Dieu à ‘interpellation de Moïse est bien plus violente, Dieu lui intimant le silence, sans lui donner aucune explication.

Enfin, dans l’horreur qui va croissante, le point paroxystique est atteint par l’élégie déjà citée, qui décrit la sauvagerie avec laquelle les dix rabbins sont mis à mort, et la révolte des anges qui gronde, au point que Dieu menace de ramener le monde au chaos originel s’ils ne font pas silence. Et à chaque fois, sur un ton péremptoire, Dieu dit : « ceci est un décret qui ne souffre aucune contestation ! ». Nous pourrions nous contenter de voir dans ce martyrologe une certaine conception de la vie, valeur suprême mais pas absolue. Le renoncement à certains idéaux ôterait tout sens à l’existence.
Le Talmud enseigne ainsi qu’il faut choisir la mort si l’on veut nous contraindre à commettre l’une des trois fautes gravissimes que sont : l’idolâtrie, le meurtre ou un rapport sexuel prohibé par la Bible.

Rabbi ‘Akiba et les neuf autres sages auraient donc estimé que ne plus étudier et enseigner la Torah revient à abandonner le Dieu unique. Il serait également tentant de voir dans ce récit, l’illustration tragique de ce que le Talmud appelle les « épreuves d’amour » ( yissouré ahava) que Dieu fait subir aux justes, au sens de l’amour de l’homme qui se révèle à l’occasion de ses souffrances. Il s’agirait ici du degré ultime de l’amour de Dieu, atteint dans le martyre assumé par celui qui le subit. Mais les réactions indignées des anges et de Moïse, renvoient à nos propres attitudes devant le spectacle de la souffrance des innocents.

A cette question redoutable, à laquelle nous sommes tous confrontés, le récit des dix martyrs de la foi, qu’il soit authentique ou légendaire, répond par ce sentiment confus d’amour et de révolte qui anime celui qui ne veut pas rompre le dialogue avec la transcendance. Celui, aussi, qui accepte le constat des limites de son entendement humain. Limites signifiées dans ces textes par le refus de Dieu de poursuivre le dialogue avec ses créatures. L’on relèvera, toutefois, que dans le dialogue qui s’instaure entre les anges et Dieu, devant le sort de rabbi ‘Akiba, Dieu leur apporte une réponse. Plus largement, la tradition juive, comme d’autres traditions religieuses, s’est largement intéressée au problème du mal dans le monde, et tente d’y apporter des réponses. C’est là le paradoxe créatif d’une pensée qui juge, d’une part, légitime de s’interroger sur un phénomène aucun nul n’échappe et, d’autre part, met en garde contre la prétention de saisir les intentions divines, ou, pour le dire autrement, de « se prendre pour Dieu ». Au silence de Dieu, dans la tourmente, il vaut parfois mieux que succède le silence des hommes, plutôt que de dérisoires prétentions à comprendre le mystère du mal.

                                                                                                Michaël Azoulay.
                                                                                                 rabbin-azoulay




Le traité Avoda Zara mentionne le martyr de grands maîtres de l'époque de la Mishna, 
dont Rabbi Hanina ben Téradion.
Celui-ci meurt en présence de sa fille et de ses disciples et il transmet un message pour que le
peuple juif continue de vivre malgré la destruction de Jérusalem.


Talmud de Babylone traité Avoda Zara page 18 a
Nos maîtres ont enseigné : Quand R. Yossé fils Kisma tomba malade, R. Hanina fils de Téradion lui rendit visite. Le premier lui dit : "Hanina mon frère, sais-tu que cette nation romaine a été nommée par le Ciel ? Car elle a détruit Sa maison, elle a brûlé son sanctuaire,elle a tué Ses pieux et assassiné ses dévots, et elle va continuer à se maintenir. Et j'ai entendu que tu enseignes la Torah [en rassemblant des groupes] et presses le rouleau de Torah contre ton coeur. Il lui répondit : "Le ciel aura pitié !". Il lui répondit : "Je t'exprime des paroles sensées et tu me réponds : Le ciel aura pitié ? Je me demande s'ils ne te brûleront pas toi et le rouleau de la Torah ?" Hanina demanda : "Rabbi aurai-je part au monde à venir ? – As-tu accomplis une bonne action [qui t'a coûté] ? – J'ai par erreur mélangé mon argent de Pourim avec l'argent de le Tsédaka, dans le doute  j'ai tout donné aux pauvres. – Si c'est ainsi que ma part soit dans ta part et mon sort lié au tien. » Nos sages ont dit qu'après quelques jours Rabbi Yossé mourut.
Tous les grands de Rome vinrent pour l'enterrer et dire une grande oraison funèbre. Au retour, ils virent R. Hanina ben Téradion assis et enseignant la Torah devant une foule nombreuse, un rouleau de Torah contre la poitrine. Ils l’amenèrent [dans la place aux supplices] et lui attachèrent le rouleau puis ils l'enveloppèrent avec des chaînes puis ils allumèrent le feu. Ils sortirent des touffes de laine trempées dans l'eau qu'ils posèrent contre son coeur afin qu'il ne meure pas de suite. Sa fille lui dit : « Papa comment puis-je te voir ainsi [et continuer de vivre] ? Il lui dit : "Si j'étais brûlé seul, la chose serait terrible pour moi, mais maintenant que je suis brûlé avec le rouleau de la Torah, Celui qui demandera des comptes pour le rouleau demandera aussi des comptes pour moi. Ses disciples lui dirent : "Rabbi, que vois-tu ? – Le parchemin brûle, mais les lettres volent dans les airs. – Ouvre donc la bouche afin que le feu entre en toi [pour mourir plus vite]." Il répondit : "Il faut que Celui qui m'a donné la vie la reprenne" et il refusa de porter atteinte à lui-même. Le bourreau lui dit : "Rabbi, si j'augmente les flammes et que je retire les touffes, m'amèneras-tu dans l'autre monde ?" – Oui ! – Jure-le-moi. » Il jura. Aussitôt il augmenta le feu et retira les touffes humides, il rendit l'âme rapidement. De plus il se jeta lui aussi dans les flammes. Une voix céleste proclama : « Rabbi Hanina fils de Téradion et le bourreau auront part au monde à venir. Rabbi pleura : "certains méritent le monde à venir en un instant, d'autres au bout de plusieurs années." »




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